Le festival bat son plein. Le concert de l'Arena vient de finir, 8'000 personnes affamées affluent vers la zone food. Ton burger truck est positionné à l'angle, bien visible. Avant la borne, tu prenais 60 commandes par heure à deux, en mode chaos total : un qui prend la commande, un qui encaisse cash et Twint, vous deux qui cuisinez entre deux clients.
Aujourd'hui, deux bornes durcies sont fixées sur le côté du camion, alimentées par batterie, connectées en 4G. Les festivaliers font la queue devant les bornes, pas devant ton comptoir. Une fille en t-shirt mouillé compose son menu burger-frites-bière en 75 secondes, paie en Twint, reçoit un numéro affiché à l'écran. Elle attend à 5 mètres en discutant avec ses amis.
Pendant ce temps, tu ne fais que cuisiner. Les tickets sortent en flux constant sur l'imprimante, parfaitement détaillés. Tu cries un numéro, le client vient chercher, tu repars sur le suivant. Pas un mot de prise de commande, pas un calcul mental, pas une pièce comptée.
À 23h, tu as servi 280 commandes au lieu des 90 habituelles. Tu as encaissé 4'200 CHF de plus. La pluie est tombée pendant 20 minutes : la borne a continué de tourner sous sa housse, sans broncher. Au démontage, tu débranches le câble antivol, tu plies la borne dans un caisson, et tu pars dormir. Demain, tu recommences à Vevey.